On juge la tétine sur ce qu’elle fait aux dents. Ce n’est qu’une partie de la réponse : le même objet protège à un âge et pose problème à un autre. Les deux versants sont documentés.
La première année : un effet protecteur documenté
Une méta-analyse publiée dans Pediatrics a réuni les études consacrées à la tétine et à la mort inattendue du nourrisson. Le résultat est net : donner la tétine au moment du coucher est associé à une réduction importante du risque, avec un rapport de cotes de 0,39 en analyse multivariée 1. Les auteurs estiment qu’un décès pourrait être évité pour 2 733 nourrissons couchés avec une tétine.
Une réserve d’honnêteté s’impose : ces travaux reposent sur des études cas-témoins, et le mécanisme protecteur n’est pas complètement élucidé. On évoque une position de la langue et des voies aériennes plus favorable, ou un seuil d’éveil abaissé. L’association est solide et constante, mais elle n’a pas la valeur d’une démonstration expérimentale.
C’est sur cette base que les recommandations pédiatriques proposent d’offrir la tétine à l’endormissement, pour les siestes comme pour la nuit, pendant la première année. Cette période correspond au pic du risque, et c’est aussi celle où le besoin de succion est le plus fort.
Ensuite, tout se joue sur la durée
Le versant orthodontique existe bel et bien, et il est mesuré. Une méta-analyse parue en 2026 a rassemblé les travaux comparant succion du pouce et succion de la tétine 2.
Sur la béance antérieure, ces dents de devant qui ne se rejoignent plus, les deux habitudes augmentent nettement le risque, sans différence significative entre elles. Sur l’occlusion croisée postérieure, en revanche, la tétine ressort avec un risque plus élevé que le pouce.
Le facteur décisif n’est pas l’objet, c’est le temps. Les auteurs situent la bascule au-delà de trois à quatre ans, âge à partir duquel les déformations tendent à persister. Un usage quotidien prolongé bien avant cet âge augmente déjà la probabilité d’une béance.
Ce que ces deux corpus donnent, mis bout à bout
Ils ne se contredisent pas : ils ne parlent tout simplement pas de la même période. Le bénéfice se situe pendant la première année, le risque s’installe après, et il croît avec la durée. Entre les deux, il y a une fenêtre pour réduire puis arrêter, sans avoir à choisir entre deux dangers.
Un dernier point, qui compte au moment où l’on hésite : une tétine peut être retirée, un pouce non. Chez un enfant qui a un besoin marqué de succion, c’est un argument concret, et c’est probablement le plus utile de tous.
Si la succion se prolonge et que la question se pose pour votre enfant, elle s’aborde très bien lors d’une consultation d’orthodontie, à un âge où la croissance travaille encore avec nous.
Références
1. Hauck FR, Omojokun OO, Siadaty MS. Do Pacifiers Reduce the Risk of Sudden Infant Death Syndrome? A Meta-analysis. Pediatrics. 2005;116(5):e716-e723.
2. Faryad A, Muwaquet Rodriguez S, Hijazi Alsadi T, et coll. The Role of Digit- and Pacifier-Sucking Habits on Malocclusion Development in Children: Anterior Open Bite and Posterior Crossbite. A Systematic Review and Meta-Analysis. Dent J (Basel). 2026;14(1):55.
